Première belge

Pays : France

Première belge – Talents émergents de France. Un esprit viseur qui va de l’avant, qui a de l’allant !

Retroviseur Yoann Durant : saxophones ;
Stéphane Caracci : vibraphone ;
Fanny Lasfargues : basse ;
Yann Joussein : percussions.

Formé d’une contrebassiste remuante, d’un vibrapho-percussionniste, d’un saxophoniste ambulant et d’un batteur bordélique, le groupe « rétroviseur » naît en décembre 2007.
Issus du CNSM de Paris, les quatre musiciens sont réunis par le batteur sur une invitation de Riccardo Del Fra pour un festival à Toronto en janvier 2008.
Attachez vos ceintures et regardez bien dans le rétro pour voir que l’esprit du groupe est bel et bien viseur, toutefois, prenez garde à l’angle mort car ce quartet n’a pas fini de surprendre.
Rétroviseur est Lauréat Jazz Migration 2010 – AFIJMA (Association des festivals innovants de jazz et musiques actuelles) et FSJ (fédération des scènes de jazz).

En première partie une splendide surprise présentée par le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, le quartette Rétroviseur.
Il se passe tout de suite quelque chose, quelque chose qui vous embarque pour ne plus vous lâcher. Oui, Yoann Durant peu paraître bien agité.
Il court à droite, court à gauche, se tortille, file plaquer le pavillon de son soprano sur la membrane d’un tom de batterie, puis l’applique sur son genou, avant de démonter le bocal de son alto pour l’enfiler sur un tuyau qu’il fait tourner devant le micro.
Tout ça, très vite, avec des couacs, des pffffflt, des pfffff…
Ça pourrait être du sous-Zorn ou bien pire. C’est tout autre chose. Ce jeune homme a son langage à lui et rien ne s’y trouve gratuit. On en a vu des saxophonistes s’agiter et s’époumoner sur l’instrument. Ici, pas un effet qui ne soit là pour faire de la musique et rien d’autre. Pas un geste, pas un déplacement qui ne soit là pour se placer par rapport au micro et jouer de la distance et de la proximité, modeler en permanence le rapport acoustique-amplifié.
Prodigieuse palette de sons soufflés, de slaps, de phrasés conventionnels aussi… et peu à peu, tandis que derrière lui le reste de l’orchestre vibre et gronde, un tempo s’installe, jamais tout à fait clair, mais assurément puissant, une trame modale se tend, avec quelque chose qui me fait venir le nom de Charlie Haden à l’esprit, allez savoir pourquoi.
Peut-être à cause de cette espèce de lyrisme, de musicalité pure que le contrebassiste à la grande époque parvenait à faire monter à l’arrière-plan des chaos. Car la musique de Rétroviseur, ce n’est pas la virtuosité de Yoann Durant plus des faire-valoir.
Non, c’est un son collectif, avec un batteur (Yann Joussein, qu’il faut aller réentendre avec le DDJ Trio) qui sait pétrir les tempos et les timbres comme on travaille une pâte en cuisine, juste ce travail avant que ça soit moulé et tout cuit; avec une contrebassiste (Fanny Lasfargues, qu’on aimerait bien réentendre, peut-être au sein du Nu-tone avec lequel elle s’affiche sur le net) qui utilise les effets électroniques hors de tout cliché, selon une palette splendide ; avec un vibraphoniste (Stéphane Caracci déjà entendu avec Raphaël Imbert Newtopia Project, qu’il faut aller réentendre avec Inama ou le quartette In & Out) aiguillonne cette musique avec une précision d’acupuncteur (un autre jour, un peu moins tard, j’essaierai de trouver une meilleur métaphore). Et tout ça, porté par un lyrisme splendide, sur des trames modales assez simples semble-t-il, mais précisément agencées : point d’orgue sur une modulation en suspens, rendez-vous inattendu à l’unisson, break thématique incluse dans une séquence free, accelerando, nuances, dynamique…
S’il y a du Zorn, c’est peut-être moins l’instrumentiste que le chef d’orchestre de Masada. Peut-être. Mais avec un limpidité et un sens dramatique inouïs qui nous ont ravi.
Allez donc les entendre: ils seront le 8 octobre au Goethe Institut de Nancy, le 9 au Goethe Institut de Paris, le 10 à l’Abbaye de Neumünster du Luxembourg et le 22 novembre à Auvers-sur-Oise dans le cadre de Jazz au fil de l’Oise.

Franck Bergerot